l'édito

Régulation des impacts, l’ère des passeports

Le changement climatique appelle la transformation de nos modes de vie. Si le constat est largement partagé, la méthode, elle, fait débat. Avec l’espoir de conserver les acquis de modernité et la stabilité sociale, sont en jeux les transitions énergétique, numérique, sanitaire, écologique, voire démographique. Comment vivre à confort équivalent, voire meilleur selon les pays, en minimisant notre impact sur les équilibres naturels au risque de mettre en péril la survie des humains et plus largement de nombreuses espèces vivantes ?

Lentement les processus évoluent, les scientifiques et les techniciens mettent au point des systèmes plus économes en énergie, en matières premières, moins impactant pour la faune et la flore. Mais les avancées balbutient et ne sont pas à l’échelle de l’enjeu, on est loin du point d’inflexion. Restons tout de même optimistes, parions que la science et la technologie peuvent tout.

Mais … pas sans la volonté politique et l’accord des administrés. Or c’est là que le bât blesse. Not in my backyard. Tout le monde veut le bien de tous mais si l’effort est porté par l’autre, ou sur un temps long qui dilue la contrainte. Difficile en effet de changer les trois-quarts du bâti pour construire du neuf à énergie positive, difficile de mettre à la casse la moitié du parc automobile pour des véhicules qui seraient vraiment propres. Qui paierait ? Comment faire accepter une telle transformation ? Impossible. Trop brutal.

Les obligations réglementaires constituent une autre clef. A titre d’exemple la RE 2020 pour le secteur du bâtiment, mais qui s’avère délicate à mettre en œuvre. Elle appelle des technologies qui ne sont pas toutes disponibles, des savoir-faire encore à intégrer chez les artisans, des modèles économiques très incertains car rien n’est à coût constant. Il en va de même pour le secteur de l’énergie. La vision est là mais on bute sur le comment et tout le monde freine.

Il se dessine l’ère du monitoring de toutes nos actions. Quelle qu’en soit l’échelle, un territoire, une entreprise, un quartier, un foyer, un individu, nous allons entrer dans l’ère de la mesure de nos activités pour en limiter les effets. L’État est un régulateur qui peut créer les conditions d’application, mais les administrés, vous, moi, devons en accueillir les principes au risque d’une incompréhension ou d’un sentiment d’injustice qui soulèvent une foule de mécontents prêts à en découdre. Et c’est là où les sciences sociales, impliquées dès les prémices des recherches et développements, ont vocation à faire équipes avec les scientifiques et les techniciens. Non pas à la fin, pour colorer l’innovation d’un vernis d’acceptation sociale, mais bien dans les fondements mêmes des travaux initiaux. Chaque preuve de concept, chaque innovation, chaque décision d’infrastructure, …, devrait avoir un passeport de soutenabilité écologique, énergétique et sociale. Cela implique de créer un solide écosystème de la recherche fondé sur des coopérations interdisciplinaires, public/privé, avec des boucles d’itération très agiles.

   

Clarisse Angelier
Directrice de la publication
Déléguée générale